Quelle journée

Quelle journée
Nues toutes les deux dans le jardin
Dans un sofa d’osier
Des heures entières
À se tripoter les seins
À se câliner
À savourer les bienfaits de la douce saison
Parfois à nous brouter
À examiner nos fions
À enfiler des godes à l’occasion
C’est le paradis rêvé
Un théâtre fabuleux


C’était en été
Nous nous donnions l’une à l’autre
Sans solution de continuité
Tout n’était que calme luxe et volupté
Parfois violence calculée
Je prenais mon pied sur ton pied
Enragées nous bouffions nos libres miches folles
Toujours avec conviction
Vrai délire et délectation
Oui tu voulais entrer en moi tout entière
Et moi je voulais faire de même
Je tenais tes deux escarpins dans mes mains
A la manière d’un forgeron
Et bouffais ton centre de gravité
Tu hurlais et ça te soulevait

Ophélie Conan

Encore un poème non publié d’Ophélie qui relate une scène d’été comme nous en avons connues beaucoup à P.

Dildo à deux têtes

Ogresses fatales allongées sur le dos
Ou à quatre pattes fesses à fesses
Nous dévorons le même excellent sucre d’orge
Pendant que Rose à la terrasse d’un café 
En ville nous attend
Parfois la diablesse sert d’entremetteuse
Et s’occupe d’ajuster notre trait d’union
De lui donner du mouvement
Et un peu de religion
C’est là son petit péché mignon
Aujourd’hui elle n’est pas là et je sais qu’elle s’impatiente
À la terrasse d’un café
En centre-ville

Ophélie Conan

Poème ancien d’Ophélie, jamais publié, écrit à l’époque où Rose habitait encore à P., avant qu’elle ne fût remplacée par une des trois sœurs « Brontë », celle du milieu, je veux dire Gaëlle. Il ne m’est pas dédié, mais je reconnais bien la situation, ce rendez-vous que nous avait donné Rose, dans le centre-ville de Quimper, et notre super retard, en raison de la raison ici évoquée. Rose était furax d’attendre, mais elle a bien ri quand nous lui avons raconté le motif de notre retard.

Ophélie, je t’aime toujours, tu entends? Même là où tu es.

Folle

Je pense à toi, je ne pense qu’à toi, et je suis folle de toi, et je suis folle de tes yeux, folle de tes lèvres, folle de tes seins, folle de tes oreilles, folle du petit lobe malicieux de ton oreille droite, folle du petit lobe malicieux de ton oreille gauche, folle de ton front, de ton cou, de ta nuque, folle de tes mains, folle de tes fesses, je suis folle de tout ce que tu as bien voulu me donner de toi, folle de ce que tu me donneras peut-être encore un jour, une nuit, si tu le veux, si tu le désires, à l’aube dans la brume ou au crépuscule dans le métro, je suis folle de ton silence, de ton mutisme, et folle des mots que j’attends de toi comme des perles rares, comme des baisers lumineux, comme des lunes d’un autre monde, comme des soleils oranges d’Afrique, comme des éclairs bleus aussi féroces que les yeux d’un fauve, comme des gouttes de pluie vive que je voudrais boire et voudrais amasser pour qu’elles forment un immense océan de toi dans lequel je pourrai enfin me baigner, redevenir toute petite, fœtus, atome, néant, géante, je suis folle de ton infinie douceur, folle de tes caresses, folle de ta tendresse, folle de ton regard qui parfois me blesse, parfois exprime la détresse, folle de ta force et de ta faiblesse, folle de ta folie, de ta compréhension, de ta sagesse infinie et de tes illusions, folle de ta lucidité et de ton humilité, de ta gentillesse de fée et de ta perversité de Reine ou de Déesse antique. Je t’aime toi, unique et vraie, miraculeuse et incertaine, proche et lointaine, avec ta culpabilité de petite fille souveraine, et je pense à toi. Mais tu es partie.

Ophélie Conan

Poème en prose adressé à Amélie en 2010, quand celle-ci avait quitté Ophélie pour passer des vacances dans le Lot avec sa nouvelle amante Chloé. Moi, je venais de rencontrer Ophélie et elle me disait aussi qu’elle m’aimait, qu’elle était follement amoureuse de moi. En fait, Ophélie était capable d’aimer les deux, même les trois, si l’on compte Chloé (« Ma rencontre avec Ophélie« ). Aujourd’hui, j’ai compris qu’on pouvait déborder d’amour pour plusieurs personnes.

Un monde sans barrières

Dimanche dernier, premier week-end du déconfinement national, nous nous sommes confinées entre nous, en plein air.

Nique-pique donc, dans la lande, avec Gaëlle et Honorine, mais aussi Karine, Muriel et Rose. Il n’y avait personne d’autre que nous sept (je compte Ophélie qui est dans l’air), le soleil et les chants des oiseaux dans les arbres, et le grand menhir de Peumerit.

Pour son plaisir et le nôtre, la jeune Honorine était évidemment à l’honneur. Nous avons décidé qu’elle incarnerait, ce jour-là, notre Ophélie aux mille orgasmes, en commettant sur elle de lentes et exquises transgressions souples, par successions de traversées suaves et d’imperceptibles franchissements doux.

Sir William Russell Flint (1880-1969)

Petit papillon blanc

Nos racines sont dans la terre
Et la terre est notre corps
Notre corps est un lieu
Qui nous parcourt comme un long destin de chevelures et de seins
De cuisses et de fesses
D'yeux et de lèvres
Toujours en essayant d'éviter la souffrance d'être né
Et de gagner la jouissance de ne pas être mort


Les chemins de notre corps serpentent sans fin
Encore et encore
Dans de sombres chemins de rêves
Bleuissent dans le lointain
Parfois comme des corps étrangers


Chaque journée 
Chaque rêve est une carte à jouer
Un élan
Qui traverse notre corps et traverse l'histoire
Comme le noir petit papillon blanc
Du désespoir

Ophélie Conan

Le huitième des nombreux articles illustrés qu’Ophélie avait préparés pour « Conan la barbare II » et qui n’ont pas été publiés par elle. Je le présente ici sans aucune modification.

Le cagibi à photocopies

Me voici de retour à l’agence. Je retrouve les mêmes têtes, la même ambiance, les mêmes regards, les mêmes rites. Je retrouve le cagibi à photocopies, haut-lieu de nos amours saphiques, de nos déduits magiques, là où nos seins se rencontrent, où nos bouches se baisent, où des bretelles peu rebelles sont lascivement et subrepticement baissées, où nos mains s’aventurent en des endroits intimes, parfois sur des porte-jarretelles légers, moins bien gardés que le plus tentant des secrets professionnels. Oui, je vous le dis, je ne vous ai guère parlé de cet étonnant cagibi, de ce trou à rats, de ce sinistre réduit qu’on peut tenir pour un endroit malsain, nauséabond, misérable, fangeux, cochon, glauque, tant il est vrai que c’est un endroit sombre, étroit, bourré d’étagères remplies de dossiers poussiéreux, manquant d’oxygène, soumis périodiquement aux trémolos d’une vieille cafetière, où se morfondent un balai, une serpillère, un ramasse-bourrier, un aspirateur et des sacs poubelles, et où se pavane en son centre un rutilant photocopieur Xérox qui ne tombe jamais en panne, et où, pas davantage, ne tombe la rosée des nuages, ni jamais n’entre l’odeur des bougainvilliers en fleurs. Oui, je ne vous ai guère parlé de ce lieu étrange, le cagibi à photocopies.

Ophélie Conan

Extrait de « Sorcière bien-aimée« 

Ophélie me parlait souvent de ce « cagibi à photocopies ». En fait, je ne l’ai jamais vu, je ne suis jamais entrée dedans. Un jour, elle a voulu me le montrer, mais j’ai préféré rester sur la description qu’elle en avait faite dans son blog. Je la trouve terriblement merveilleuse et fantasmatique.

Mes premiers émois lesbiens

Ce qui est sûr, c’est qu’avant Ophélie, je n’avais jamais touché les seins ni le sexe d’une autre femme et, qu’en cette toute première fois, sous le pommier de ce fameux mariage, cela me faisait tout drôle, tout étrange, et cela m’était totalement inhabituel. En même temps, avec une femme, bizarrement, je me retrouvais en terrain connu. Elle, c’était un peu moi.

Sous ce pommier, je me souviens, j’ai ressenti une véritable trouble, puis une extraordinaire bouffée de plaisir en touchant les seins d’Ophélie, en les malaxant, en la laissant toucher les miens. J’avais soudain très envie de ces attouchements que je ne crois pas avoir subi sous la contrainte, bien au contraire. J’avais très envie de ressentir ce je-ne-sais-quoi d’électrique et de féérique à fleur de peau. En plus, cela allait complètement de soi. J’étais dans un état de grâce, quand le corps sait ce qu’il fait et ce qu’il faut faire, sans avoir besoin du cerveau pour être guidé ou conseillé. C’est ce que disent les jongleurs, les acrobates, les danseurs ou les moines zen qui s’exercent au tir à l’arc. Surtout ne pas réfléchir. Laisser faire le corps qui sait, et s’abîmer dans de merveilleuses sensations.

Mon corps savait, mes seins savaient qu’ils voulaient être pelotés par les mains de cette femme inconnue, et mes doigts savaient comment peloter les siens et branler son clito. Mes lèvres qui n’avaient jamais tété des tétons de femme, aussi savaient comment faire avec ses tétons à elle. Je me souviens des tétons d’Ophélie, tout rock’n roll. Tout cela était déjà simple, naturel, facile et extra-ordinaire, et me donnait l’envie folle de poursuivre l’aventure.

Lettre à Kali

Ma chère Kali,

Tu as huit ans et ta grand-mère est Ophélie, ma grande amie.  Pourquoi a-t-elle eu un accident? Je ne sais pas. Et toi, Kali, qu’en penses-tu? Tu sais : quand j’habitais à Calcutta, je soignais des malades à côté d’un temple d’une déesse nommée Kali. Elle était très connue en Inde. Toi, j’en suis sûre, tu es aussi une déesse, et tu dois t’envoler dans tes rêves vers un monde où il n’arrive jamais de choses tristes, dans un monde où on retrouve sa grand-mère, et moi, je rêve aussi de ce monde où on revoit ceux qui se sont envolés comme des oiseaux. Peut-être qu’Ophélie avait des ailes pour voler… Je sais qu’elle était élégante et charmante, et qu’elle aimait beaucoup Marianne, mais toi, tu étais sa petite-fille, et elle devait t’adorer.  Je ne sais pas de quel enfant d’Ophélie, tu es la fille : elle avait deux enfants.  Quand j’étais près de temple de Kali, en Inde, je m’occupais beaucoup de mon fils de quatre ans qui était tombé malade mais c’était il y a longtemps.

A ton avis, ma chère Kali, comment voler quand le monde est triste? On peut raconter des histoires et ça, c’est super!!! On peut dessiner et mettre beaucoup de couleurs. On peut aussi se déguiser et cela devient rigolo, surtout si on fait des farces aux autres, et puis se déguiser, tu sais sûrement le faire : Ophélie savait jouer la comédie. Et tu sais, Kali, il est possible de chanter en étant déguisée : même-moi, je l’ai fait, alors tu peux le faire!!! Si tu es triste, tu le chantes en étant déguisée, en inventant les paroles et les airs comme tu en as envie. Je l’ai fait un peu plus grande que toi avec des professeurs ayant chanté à L’Opéra. Finalement, j’ai surtout amusé mes amis et mon public en chantant parce que je ne suis pas une chanteuse célèbre. Une déesse qui chante peut tout inventer puisque c’est une déesse.  Il va falloir inventer un monde où retrouver ta grand-mère. Tu me prendras sur tes ailes, parce que je veux revoir Ophélie. D’accord? Je t’embrasse de tout coeur, Ma chère Kali.

Elisabeth de Hautségur

Avec le déconfinement

Avec le déconfinement, nous allons bientôt revoir Muriel et Rose, ce qui n’est sans doute pas très raisonnable. Elles ont nettement émis l’intention de faire la fête à Honorine, et je les comprends. Il faut dire qu’elles ne l’ont pas revue depuis l’été dernier, et qu’elles sont très désireuses de la toucher, de l’embrasser et de la lécher. Honorine aussi est très contente, elle se sent attendue, choyée, adulée. En plus, son club équestre va bientôt rouvrir et le responsable lui a promis un emploi.

À la mairie, par une annonce affichée, Gaëlle a déniché des heures de nounou. C’est tous les soirs de 17 à 19 heures. Il s’agit de garder deux petits garçons de 3 et 5 ans. Elle est contente, parce que ça va lui faire un peu d’argent. La petite punition infligée, l’autre jour, a produit son effet.

Nous allons aussi sûrement revoir Marlène et Marceline que nous n’avons pas revues depuis le crémation d’Ophélie. Toutes ces retrouvailles ne sont sûrement pas raisonnables, j’en ai bien conscience. Nous ne respecterons sûrement pas les gestes barrière, et le port du masque sera impossible.

Ah! Comme j’aimerais que notre Ophélie soit là, parmi nous, pour vivre ces moments merveilleux.

Entre tes cuisses


J’adore me glisser nue
Quand tu es nue
Entre tes cuisses
Sans clé ni tournevis
Pour faire la mécanicienne avec ma langue
Alors je t’entends jouir
A l’étage au-dessus
Je rêve de ta tourmente
Comme une veilleuse de nuit
Pendant que je me branle aussi
Je crois vraiment que je suis une vraie magicienne

Ophélie Conan

Inutile de dire qu’Ophélie et moi raffolions de ces jeux, souvent impromptus, de langues et de chattes. Il n’y avait pas de jour, ni de nuit, où nous ne donnions, au moins deux fois, nos langues à nos chattes. Depuis la tragique disparition de ma belle salope, cette heureuse tradition, avec Honorine et Gaëlle, ne se perd évidemment pas. Je dirais même qu’en ces temps de Covid, elle est plus vivante que jamais. Comme sur ce gif animé, nos langues se font langues de chattes qui lapent, relapent, et relapent encore. Reconnaissez qu’en plus, il s’agit d’un fabuleux spectacle dont on ne se lasse pas, comme celui de la mer, « toujours recommencée »!